La curation ou l’effet jogging : retour en 1895

La curation est l’acte humain d’aggréger du contenu, sur une page web, sur différents sujets de même thématique. Sur des sites comme scoop.it, ou paper.li par exemple.

C’est une pratique médiologique, c’est-à-dire de la transmission de la pensée.

Elle consiste à mettre en valeur l’information, comme le font les conservateurs de musée, pour mettre en valeur les pièces maîtresses dans une galerie.
La curation fait preuve donc de subtilité, de connaissance de sujet, et fait acte de choix.

Cette notion de choix est importante, dans un monde numérique où les aggrégations automatiques par les moteurs de recherche ont mis « dehors » de la sphère numérique l’intelligence humaine.
Cela est évidemment pratique de pouvoir dialoguer avec une machine qui nous apporte en un click toutes les réponses relatives au mot « sérendipité » par exemple.

La notion de choix renvoie à la définition même de l’information.

Qui selon la théorie mathématique, définie par Claude Shannon, est une probabilité, un choix binaire entre deux possibilités.
La technologie s’est confortée sur cette binarité ( le bit ou 0/1 ), et l’information a pu se classifier, se structurer, par le principe mathématique, prédictible.
Ce qui n’est pas prédictible, c’est ce qui tourne autour de l’information : le flou, le subjectif, l’intermédiaire entre le 0 et 1.

Celui qui pratique la curation sait placer l’entre-deux.
Ainsi, classer, faire des fiches informatives, relève du sacerdoce, un travail de longue haleine, comparée aux automatismes des machines.

Le réseau d’information et de connaissances classifié en liens hyper-texte.

En 1895, est créé à Bruxelles l’Institut National de bibliographie. Par deux avocats, Paul Otlet, et Henri Fontaine.
Leur objectif est de créer le « livre universel du savoir », en « comptabilisant au jour le jour le travail intellectuel des deux mondes« .
Le travail consiste à systématiser la documentation sur les publications.
Aujourd’hui, vous penserez que Wikipedia a assouvi ce travail dans le numérique.
Mais ce travail est plutôt de l’ordre de la curation :

l’objet n’est pas d’écrire une encyclopédie, mais de répertorier, et de créer les liens.
Qu’on appellerait aujourd’hui le lien « hyper-texte », soit des url qui renvoient à d’autres sources d’information.
L’exacte définition de la curation moderne.
Pour organiser ce travail, une classification mondiale est normalisée, via la fiche « normalisée » de 12,5 sur 7,5 cm. Permettant de formaliser un répertoire universel.
On notera qu’Otlet définit par ailleurs le premier réseau, précurseur de notre réseau internet. Et de permettre de « Faire du monde entier une seule cité et de tous ses peuples une seule famille« .
Dans son livre testament, il définit même la grande bibliothèque, avec un télescope électrique, le livre téléphonés permet de « lire chez soi des livres exposés dans la salle « teleg » des grandes bibliothèques aux pages demandées d’avance » [Otlet,1934].

L’effet jogging et la curation.

La curation aujourd’hui est bien ce passionnant travail d’écrire les fiches cartonnées, via des liens numériques.

Ce retour au traitement manuel de l’information est typiquement une illustration de ce que Régis Debray a appelé « l’effet jogging ».

A savoir, que derrière chaque technologie, des pratiques humaines rejaillissent.

Pour détourner ces technologies.
L’effet jogging est en effet le retour à la course à pied de manière frénétique, devenue une mode : on fait de la course dans les parcs, les salles de sport sur un tapis roulant.

Alors que le début du XXeme siècle, pronaît la fin de la marche et de la course. Grâce à l’arrivée de l’automobile. Les technophiles prévoyaient même la mutation dégradée de nos jambes devenues inutiles.

Eh bien non, les pratiques qu’on pourrait juger « rétrogrades » apparaissent.

Ainsi en va de même la curation.
Triez, classez, mettez en avant ce qui vous fait vibrer.
La pensée humaine a besoin de vous. Picorer et dévorer le web !

En savoir plus !

qu’est ce que la curation : histoire de la curation.
L’effet jogging , ou le détournement de la technologie.
Théorie mathématique de la communication, par Claude Shannon.

3 Commentaires

Classé dans Billet, Histoire science de l'information et de la communication, médiologie, Technique informatique, Usage internet

3 réponses à “La curation ou l’effet jogging : retour en 1895

  1. Pingback: Définition et histoire de la curation, ou la transmission de la connaissance | Zeboute' Blog

  2. Pingback: Le Tag numérique dans la rue | Zeboute' Blog

  3. Pingback: L’imprimerie a permis de lire, internet d’écrire ? | Zeboute' Blog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s